fr
Tous les articles
20 janvier 2016 — Biotechnologies

Investir dans la recherche médicale ? Une affaire de connaissance scientifique et industrielle

Gilles Nobécourt
Gilles Nobécourt,
partner,
Edmond de Rothschild
Investment Partners
— Investir dans la recherche médicale demande beaucoup d’expertise. Il faut savoir sélectionner la bonne entreprise parmi des centaines de profils, puis l’épauler dans son développement, l’aider à encadrer les risques scientifiques, de développement, organisationnels, juridiques, financiers, tout en réussissant à retourner régulièrement des fonds vers les souscripteurs. L’équipe Sciences de la vie d’Edmond de Rothschild Investment Partners met son expertise financière au service de la connaissance scientifique et du développement médical. Rencontre avec Gilles Nobécourt, partner, Edmond de Rothschild Investment Partners.
Partagez cet article :

Par essence, la recherche médicale comporte des aléas. Comment parvenez-vous à les faire cohabiter avec la nécessité d’un retour sur investissement ?

La clé de voûte réside dans les connaissances scientifiques et industrielles de notre équipe, et dans sa stabilité. Ce savoir-faire permet d’aider la société à élaborer ses plans de développement tout en lui donnant les moyens humains et financiers adaptés. Avec l’innovation thérapeutique, le risque de marché n’existe pas ou peu: quand le développement d’un médicament innovant aboutit, les débouchés se matérialisent immédiatement. Notre métier est donc d’épauler l’entreprise pour encadrer les autres risques : scientifiques, de développement, organisationnels, juridiques, financiers… afin de rendre le développement de ses produits compatible avec un cadre d’investissement. Par exemple, il est nécessaire de s’assurer en permanence que des stratégies de recours alternatives sont disponibles si le développement initial ne fonctionne pas.


A travers BioDiscovery, ce sont 450 millions d’euros sous gestion, 40 sociétés actives, et 1500 créations d’emplois en Europe

La gestion du risque est donc primordiale…

L’objectif est d’intégrer des sociétés à divers stades de maturité afin de pouvoir retourner de l’argent régulièrement aux souscripteurs.

Nous décodons pour nos souscripteurs le processus de création de valeur lié au développement d’un médicament. Il est nécessaire d’expliquer comment les risques de développement inhérents peuvent être contrebalancés par la construction d’un portefeuille équilibré. Celui-ci est généralement constitué sur une période initiale de quatre années, suivie de réinvestissements éventuels, les fonds ayant en général une durée de vie de 10 ans. L’objectif est d’intégrer des sociétés à divers stades de maturité afin de pouvoir retourner de l’argent régulièrement aux souscripteurs. Depuis 2004, nous avons pu remonter des fonds vers les souscripteurs chaque année.

Comment choisissez-vous la bonne entreprise ?

Le monde évolue d’une médecine d’organe vers une médecine génétique et moléculaire. L’industrie du médicament foisonne avec une multitude d’entreprises à la recherche de moyens financiers. Cela offre une large palette d’investissement mais nécessite une grande discipline dans la sélection. Nous étudions 300 à 350 sociétés par an et n’investissons que dans 4 à 5. La recherche médicale ne permet pas de rendement d’échelle. La sélection est primordiale. Tout projet scientifique n’a pas nécessairement vocation à être transformé en société. Nous identifions ainsi des thèmes privilégiés dans lesquels nous repérons les meilleurs éléments. Mais la qualité des dirigeants emporte souvent la décision. Une très bonne technologie avec une équipe médiocre a peu de chances d’aboutir. Inversement, une technologie moyenne avec une équipe de premier plan peut faire des étincelles.

A quel moment intervenez-vous dans la vie de l’entreprise ?

La société doit déjà avoir caractérisé un candidat médicament, c’est-à-dire avoir une première preuve de principe in vivo et un premier profil de toxicité. Notre travail d’accompagnement se poursuit ensuite sur plusieurs années jusqu’aux premières preuves d’efficacité du traitement chez l’homme. A ce moment-là, l’entreprise entre dans une nouvelle phase de maturité et une cession à un industriel ou une introduction en Bourse peut s’envisager. L’expérience accumulée tout au long de la constitution de nos portefeuilles nous permet d’avoir une idée relativement précise de la fenêtre de sortie dès l’investissement. Cela procure une visibilité supplémentaire à nos souscripteurs.