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14 avril 2016 — entrepreneuriat

Entrepreneurs et investisseurs, les clés d'un mariage réussi

Philippe Jacquelinet, Président-Fondateur du Groupe Captain Tortue, entrepreneur et désormais aussi investisseur, revient sur les étapes de l’ouverture de son capital.

Philippe Jacquelinet
Philippe Jacquelinet,
Président-Fondateur du Groupe
Captain Tortue

Lorsque Philippe et Lilian Jacquelinet fondent la société Captain Tortue en 1993, ils sont convaincus du potentiel de la vente à domicile pour commercialiser leur ligne de vêtements pour les enfants.


L’avenir leur donne raison : 25 ans et 3 LBO plus tard, Captain Tortue est leader en Europe, avec 66 millions d’euros de chiffre d’affaires.

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En 2004, pourquoi avez-vous choisi d’ouvrir 18 % de votre capital à des investisseurs financiers dans le cadre d’un LBO ?

Philippe Jacquelinet : Il y avait deux volontés derrière ce premier LBO. La première : l’importance de pérenniser notre entreprise. Nous étions omniprésents dans les activités quotidiennes et il nous a paru important de favoriser une bonne structure qui ne dépendrait pas à 100% de mon épouse et moi-même. Ensuite, et c’est la seconde raison, nous souhaitions sécuriser financièrement une première partie du travail effectué jusqu’alors. C’est pourquoi nous avons confié 18 % du capital de l’entreprise à BNP Paribas Développement et à Défi Gestion, le fonds d’investissement de la banque cantonale Vaudoise, tout en conservant une majorité de 82%.

En 2007, vous lancez le 2e LBO et Edmond de Rothschild Investment Partners devient le principal investisseur minoritaire devant vos deux actionnaires historiques… Expliquez-nous ce choix.

PJ : Nous avions alors 2 ans d’avance sur notre business plan et avons choisi de faire entrer Edmond de Rothschild Investment Partners dans le tour de table. Le fait qu’ils soient adossés à la banque privée Edmond de Rothschild nous a plu car nous cherchions justement à l’époque une seconde banque de gestion de fortune. Surtout, nous avons senti que nous pourrions travailler sur une vision commune des projets de développement et partager un même état d’esprit. C’est essentiel car un LBO, c’est comme un mariage ! Même si l’engagement est de durée limitée.

Le point de vue de Pierre-Yves Poirier
Directeur Associé, Edmond de Rothschild Investment Partners

Lorsque nous sommes entrés au capital de Captain Tortue, la société avait déjà des bases solides et de belles perspectives de croissance. Nous avons axé notre travail commun sur l’internationalisation et l’élargissement de la gamme de produits, tout en étant attentifs à la structuration de l’entreprise.
Très vite, un dialogue constructif entre nous s’est établi et c’est un véritable partenariat qui s’est engagé. Parallèlement à l’accélération du développement international, nous avons ainsi pu saisir une belle opportunité de croissance externe sur une entreprise de lingerie.end

Pierre-Yves Poirier

2011, 3e LBO, Edmond de Rothschild Investment Partners cède sa participation. Captain Tortue fait alors l’objet d’une approche spontanée de la part du fonds LCapital.

PJ : Lorsque le fonds de LVMH s’intéresse à notre entreprise, c’est une forme de consécration. Mais surtout, c’est le bon moment de faire entrer au capital un spécialiste du secteur textile qui peut apporter des éléments très spécifiques au groupe Captain Tortue (site internet, vitrine online, développement international surtout, etc.). Avec cette opération, nous sommes devenus actionnaires minoritaires avec 35% du capital de l’entreprise, LCapital détient 60% et nos deux actionnaires de la première heure 5%. Abandonner la majorité, pour un entrepreneur fondateur, c’est un pas difficile à franchir… Mais si l’on est accompagné des bons partenaires, avec qui on travaille en confiance, alors cela ne change finalement rien. Je suis toujours le dirigeant de Captain Tortue.

Le financement externe au service de la croissance

Chiffre d'affaires / Composition du capital

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Captain Tortue aujourd'hui

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Et aujourd’hui, vous investissez vous-même dans les fonds gérés par Edmond de Rothschild Investment Partners. Pourquoi avoir sauté le cap ?

PJ : D’abord, investir dans des fonds de private equity me permet de diversifier mon patrimoine tout en assurant un rendement intéressant. Ensuite, et surtout, cela me permet d’être au contact de chefs d’entreprises et des talents de demain. Plus qu’un simple soutien financier, je peux aussi leur apporter des conseils. C’est plus vivant que d’investir en Bourse : il y a des gens, des idées, des histoires…

Le point de vue d'Yvan Vaillant
Directeur, Ingénierie Patrimoniale Edmond de Rothschild (France)

Les dirigeants d’entreprises sont totalement absorbés par la gestion opérationnelle. Ils n’ont pas le temps de s’en extraire pour envisager la dimension patrimoniale, pourtant essentielle pour eux et leur famille. C’est pourquoi ils doivent être accompagnés très en amont pour se poser les bonnes questions et s’organiser en conséquence.
Idéalement, il faut initier cette réflexion quelques années avant une cession totale ou partielle. Comme nous avons pu le faire avec les époux Jacquelinet, quelques mois peuvent suffire dans certains cas. C’est également un suivi régulier en collaboration avec les conseils du client qui permet d’ajuster efficacement les stratégies. end

Yvan Vaillant